PAROLES D’INSTIT’

Préambule

Tout ce qui m’est arrivé n’est pas le fruit du hasard. Progressivement, étape par étape, grâce à l’écriture, mon esprit s’est ouvert à une autre réalité.

Permettez-moi de vous l’expliquer.

J’étais une institutrice très malheureuse. J’appartenais à la race de ceux qui pensent devoir “saigner pour enseigner”.

J’ai donc un jour, pris mon grand cahier violet et me suis mise à écrire tous les sentiments qui m’habitaient, m’inondaient jusqu’à m’empêcher de respirer.

Je m’adressais à tous ceux que je voyais comme des persécuteurs, des ennemis. À ceux qui par ignorance, dépit, maladresse, incompétence s’immisçaient sur mon parcours brandissant leurs étendards noirs, ralentissant, freinant mes élans de joie, d’enthousiasme, d’imagination, de création. J’écrivais à ceux qui mettaient à mal mon authenticité, mon impulsivité, mon énergie, ma gentillesse, mes idées.

J’avais décidé de leur écrire pour éponger ma colère, ma tristesse et mes peines, mon incompréhension et mon désarroi face à leurs attitudes, qui selon moi, ne correspondaient aucunement à mes valeurs les plus profondes et s’opposaient à la direction que je voulais prendre pour contribuer le plus sincèrement possible à l’éducation, l’instruction des enfants.

J’étais remplie de confusions, de condamnations et de questions. Je voulais briser le mystère de mon incompréhension face à ce monde d’adultes dans lequel je ne me reconnaissais pas mais alors pas du tout!

Pourquoi je me sentais si mal à l’aise en réunion, en inspection, en formation alors que je me sentais si bien dans ma classe avec mes élèves que j’aimais tant et qui me le rendaient tout autant ? Je me sentais si lourde devant les adultes et si légère face aux élèves.

Pourquoi étais-je incapable de me sentir en harmonie avec certains de mes collègues, les interlocuteurs de ma hiérarchie ? Etait-ce moi qui n’étais pas compatible ? Était-ce moi ou la pédagogie que je mettais en place dans ma classe qui m’attirait tant de rejet, d’agressions tantôt des uns, tantôt des autres ?

Finalement, je me demandais si être traitée ainsi était injuste ou bien si c’était moi qui me faisais une crise d’égo, de parano, comme ça, toute seule, en solo ?

Pourtant, j’avais délibérément et mûrement réfléchi à ma décision avant de rentrer dans ce corps de métier. J’avais expérimenté les centres de vacances, de loisirs puis le travail dans les cités, les foyers de ceux qu’on abandonnaient et puis, la prison, là où pour quelques uns, très jeunes, le chemin s’arrêtait.

Une véritable et profonde réflexion sur le sens que je voulais donner à ma vie. Le véritable profond désir de contribuer à l’éveil, l’enrichissement de tous les enfants et, peu importe d’où ils venaient. Un pur choix de coeur, de passion, d’enthousiasme et de générosité m’habitaient quand je me suis présentée au concours. Un concours que je suis allée chercher avec détermination, volonté, rigueur et discipline.

Je n’avais clairement pas le niveau requis pour réussir. Je mûrissais quelques temps ma réflexion pour m’inscrire à ce concours. En fait, ce que je redoutais le plus, c’était l’échec. L’échec qui d’ailleurs un matin a disparu. Je me suis alors inscrite sur une vive impulsion. La peur de l’échec avait disparue. L’échec n’était même plus une éventualité à calculer. Je me suis investie de façon à ce que ma réussite à cette épreuve ne soit même pas une option mais tout simplement une obligation. J’ai pris des cours de math pour combler mes lacunes (j’avais récolté qu’un maigre 3/20 au bac, pas vraiment rassurant pour me mesurer) et je savais pertinemment que mon niveau de grammaire et d’orthographe avoisinait à peu près le même niveau même si j’avais décroché un 19/20 à l’épreuve orale de français. J’avais ma confiance pour moi, ma détermination, mon enthousiasme, ma rigueur et ma discipline. Je ne pouvais pas échouer ! Et c’est ce qui s’est passé. Je ne suis donc pas une institutrice par défaut. C’est une réelle volonté.

Du coup, un matin face à toutes ces questions que j’inscrivaient dans mon cahier violet et qui me harcelaient jour et nuit, je me suis demandée si, finalement, je ne devais pas renoncer à ma si belle et lumineuse mission qui m’avait guidée et portée jusqu’ici. J’avais atteint un point de non retour. Je vomissais avant de sortir de ma voiture et parfois au réveil en sachant pertinemment tout ce que je devrai affronter la journée.

Je pris donc, pour une question de survie, la décision de m’isoler. Je ne parlais plus ou que très rarement aux adultes, exceptés à ceux qui me démontraient une délicate et douce attention envers les enfants. Je m’enfermais dans une bulle de protection pour ne plus avoir à supporter le fardeau de mon écoeurement, de ma colère, de ma tristesse, de ma révolte face à l’Institution et aussi face à certains de mes collègues que je trouvais malveillants, peu délicats, incompétents malgré les apparences.

Je me sentais trahie, abusée, manipulée. J’écrivais pour canaliser ma colère, mon irritation, ma souffrance face à ceux que je trouvais blessants, injustes, irrespectueux. Cela freinait mes inspirations, ma créativité pédagogique et donc, remettait en question mes résultats.

Je trouvais la plupart de mes collègues nuls en communication, en empathie, en bienveillance et en gentillesse comme s’ils les avaient bannies de leur vie professionnelle. Mais what? Comment pouvait-on exercer l’un des métiers les plus humains sans humanité?

Après avoir voulu leur ressembler, peut-être pour être comme eux et me faire accepter ou tout simplement expérimenter ce qu’ils proposaient, je pris la décision de me retirer de ce carcan et de grandir en marge de ce que « ON » me demandait.

Etc’est cela que je voulais vous rapporter. Les notes, les réflexions de mon cahier qui m’ont menées à ce que je suis devenue au fil du temps. Dans ce cahier, il y a mes doutes mais aussi et surtout ce que j’ai bâti tout au long de mes 25 années d’expérimentation auprès de mes élèves.

Vous y trouverez quelques clés, quelques pistes, quelques recommandations qui pourraient vous enrichir pour la rentrée. J’aimerais aimablement vous demander vos retours, vos ressentis pour m’encourager dans mon petit défi de l’été. Vos commentaires, votre sensibilité me guideront pour la suite de mon récit. J’ai le souci d’écrire pour partager, contribuer et qui sait ,peut-être, un jour l’éditer ;-)”

Pas très loin de vous cet été, je vous souhaite mes très cher.es Okay’euses et Okay’eurs de passer de superbes vacances 🙏 😘 🌈

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